La maison low-tox

La propreté n’est plus seulement une question d’esthétique, mais devient un enjeu sanitaire et environnemental. Le foyer apparaît comme un écosystème vulnérable, alors qu’il devrait être un espace de protection et de santé.

La notion de saleté domestique est en train de changer radicalement. Il ne s’agit plus de poussière, de taches ou de désordre visible. La vie moderne a introduit des polluants invisibles bien plus complexes : des microplastiques provenant d’appareils électroniques, des particules issues de catastrophes naturelles, des déchets industriels et urbains, ainsi que des nanopolluants qui s’infiltrent dans l’air et sur les surfaces sans laisser de traces visibles.

Drivers du changement

C’est à la fin des années 2010 que l’on entend pour la première fois parler de la propreté comme d’un idéal, alors qu’une nouvelle culture domestique commence à s’imposer, axée sur l’ordre et la propreté en tant que source de bien-être. En 2018, une vague de « cleanfluencers » a déferlé sur les réseaux sociaux, suivie, en 2019, de la série Netflix de Marie Kondo, « Tidying Up with Marie Kondo », qui lui a valu un succès mondial en tant que gourou de l’ordre et de la propreté. Pendant la pandémie, cette tendance s’est amplifiée et le concept de « clean living » s’est étendu à de nombreux domaines – clean food, clean beauty, clean medicine – tandis que des plateformes telles que TikTok ont popularisé le phénomène #CleanTok, qui totalise des milliards de vues – qui a enregistré une hausse de fréquentation de 26 % entre avril et juin 2025 par rapport à la même période en 2024 – et sert à la fois de divertissement et de ressource éducative pour découvrir des techniques et des produits de nettoyage domestique (Source : TikTok). Dans ce contexte, le fait de maintenir son intérieur propre est désormais également considéré comme une pratique liée au bien-être mental, à l’auto-soin et au sentiment de contrôle.

Cette nouvelle culture de la propreté s’inscrit également dans le cadre d’une préoccupation croissante pour la santé environnementale. On prévoit qu’en 2030, entre 60 % et 68 % de la population mondiale vivra en zone urbaine, contre 55 % en 2018 (Source : Nations unies). La vie urbaine implique une exposition plus constante aux polluants liés au trafic, aux émissions industrielles et à l’effet « îlot de chaleur » qui concentre des particules en suspension dans les villes (Source : Pollution Sustainability Directory). Cette réalité renforce la prise de conscience du lien entre l’environnement et la santé et alimente des préoccupations de plus en plus répandues concernant les microplastiques, la qualité de l’air ou les perturbateurs endocriniens.

« Aujourd’hui, nous attendons davantage de nos maisons : pas seulement de la fonctionnalité, mais aussi un équilibre émotionnel ; des espaces qui nous donnent le sentiment d’être protégés, compris et véritablement apaisés. »

Monica Armani, Monica Armani Design & Development

Les conséquences

Ainsi, le concept de propreté évolue vers une approche health-first, dans laquelle la propreté ne se définit plus uniquement par l’absence de saleté visible, mais par la capacité à prévenir les risques invisibles. Le foyer commence à être considéré comme le prolongement de la santé préventive, et la réduction des substances toxiques devient une attente de plus en plus répandue. Cette évolution s’explique par une prise de conscience croissante de l’exposition quotidienne à des substances potentiellement nocives : on estime qu’environ 3 601 substances chimiques pénètrent dans l’organisme par le biais des emballages alimentaires ou des ustensiles de cuisine (Source : Journal of Exposure Science and Environmental Epidemiology).

Il n’est donc pas surprenant que de nouvelles technologies telles que les systèmes de filtration avancés, les purificateurs intégrés, les capteurs de qualité de l’air ou les solutions basées sur l’intelligence artificielle transforment le foyer en un système surveillé capable de détecter et de neutraliser des menaces invisibles. L’intérêt pour ces technologies ne cesse de croître : aux États-Unis, 80,5 % des consommateurs se montrent intéressés par des filtres à eau capables d’éliminer les particules microscopiques grâce à la nanotechnologie ou à la filtration au graphène, et 69,2 % par des systèmes de purification de l’air basés sur l’intelligence artificielle (Source : 2026 Household Global Predictions de Mintel). De même, des solutions plus naturelles gagnent également en popularité : les recherches globales des « plantes purificatrices de l’air » ont augmenté de 850 % sur une année (Source : Pinterest Fall Trend Report 2024), ce qui reflète un désir croissant d’améliorer la qualité de l’air intérieur grâce à des stratégies accessibles.

Mais ce regain d’intérêt pour la propreté ne concerne pas seulement la santé physique. Le nettoyage n’est plus considéré comme une simple tâche fonctionnelle, mais est devenu un rituel associé au bien-être psychologique. En effet, 70 % des consommateurs américains affirment qu’avoir une maison propre leur procure un sentiment d’accomplissement ; 66 % indiquent que cela améliore leur humeur, 63 % que cela augmente leur productivité et 60 % que cela réduit leur stress et leur anxiété (Source : American Cleaning Institute). Le nettoyage passe ainsi du statut de corvée quotidienne pour devenir partie intégrante d’une culture du bien-être, dans laquelle le foyer constitue la première ligne de défense contre les risques invisibles de l’environnement moderne.

Éléments clés du design d’intérieur

Laisser la saleté à l’entrée

Les chaussures peuvent également introduire des substances chimiques dans la maison ; c’est pourquoi l’entrée devient l’espace de transition entre le monde extérieur et le reste de la maison. Aménager un espace où laisser la saleté de la rue est un moyen efficace de purifier la maison. Les solutions de rangement et les espaces pour laisser les chaussures et les vêtements d’extérieur sont devenus essentiels pour ne pas faire entrer davantage d’éléments nocifs à la maison.

Peintures et colles no-tox

Les huiles végétales destinées à la protection du bois, les peintures à base de pigments biodégradables et les adhésifs biosourcés – tels que ceux dérivés de l’amidon de maïs – offrent des performances équivalentes à celles des solutions conventionnelles, tout en ayant une empreinte chimique et environnementale moindre.

Tissus et textiles naturels

Le choix des textiles et des finitions doit privilégier des matières sans composés potentiellement nocifs. Remplacer les tissus synthétiques dérivés du plastique par des fibres naturelles certifiées – telles que le coton, le lin ou la laine portant les labels GOTS, Oeko-Tex ou GREENGUARD – permet de réduire la présence de produits chimiques résiduels dans les objets du quotidien tels que la literie, les plaids ou les serviettes.

Cuisine exempte de substances toxiques

La cuisine est un lieu où l’on est quotidiennement exposé à des toxines invisibles, présentes dans des matériaux tels que les plastiques, les revêtements antiadhésifs, les colles, les mastics ou les systèmes de cuisson. Face à cela, le design évolue vers un choix plus réfléchi de matériaux sûrs et stables, ainsi que vers de nouvelles méthodes de préparation, de cuisson et de conservation des aliments qui réduisent la migration chimique.

Commencer par les fondations

Privilégier les matériaux de construction naturels, durables et d’origine biologique qui améliorent la qualité de l’air intérieur. Le béton de chanvre, par exemple, un produit régénératif sans émissions de carbone fabriqué à partir de chanvre, gagne du terrain et est en passe de devenir un matériau de construction courant aux États-Unis.

Case studies

 
01

Dans la Morning Breeze Villa, conçue par Monica Armani, le concept de maison saine se traduit par une architecture qui privilégie la relation avec l’environnement et la pureté des matériaux. Grâce à l’utilisation de matériaux locaux, à des ouvertures favorisant la ventilation naturelle et à une étude minutieuse de la lumière, la maison est conçue comme un écosystème équilibré où l’artificiel et le naturel coexistent. Le projet redéfinit le luxe comme un bien-être invisible : des choix de conception qui non seulement réduisent l’impact environnemental, mais veillent également à la qualité de l’air, à la perception sensorielle et à la santé de ses occupants.

 
02

Les plans de travail composés de papier, comme Richlite, offrent une alternative plus saine et plus durable aux matériaux synthétiques conventionnels. Fabriqués à partir de papier recyclé compressé avec des résines d’origine biologique, ils se distinguent par leur durabilité, leur résistance à la chaleur et leur faible émission de composés organiques volatils (COV), ce qui en fait un choix adapté aux intérieurs qui privilégient la qualité de l’air et une approche low-tox.

03

Flat House explore de nouvelles formes de construction durable à l’aide de matériaux biosourcés comme le chanvre. Le projet prouve comment des systèmes de construction à faible impact peuvent réduire les émissions incorporées du bâtiment tout en créant des intérieurs chaleureux et naturels.

Practice Architecture. Projet : Flat House. Architecte : Material Cultures.

Photographie : Oskar Proctor.

05

Le projet Trace, de Bureau de Change, explore les principes du design circulaire grâce à l’utilisation de matériaux réutilisés, de composants démontables et de techniques de construction conçues pour faciliter les adaptations ou les démontages futurs. L’espace est une preuve que l’architecture peut réduire les déchets et prolonger le cycle de vie des matériaux à partir de la phase de conception.

03

Le fauteuil Calma, d’Andreu World, est conçu de manière à ne nécessiter aucun adhésif, ce qui facilite son recyclage.

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